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Avec Du fond des Âges, second volet du Halo des Ombres, Viviane & Céline de Clairval font basculer leur saga dans une dimension plus âpre, plus politique et profondément plus tragique. Le roman ne cherche plus à révéler un monde : il le confronte à sa propre violence. Ici, la fantasy n’est plus un refuge, mais un champ de ruines où survivre devient un acte de résistance.
Un héros blessé, un monde sans pitié
Lùthen n’émerge pas victorieux des événements passés. Il en sort brisé. Le récit s’ouvre sur une chute, une blessure, une survie presque contre nature. Marqué par le nécrojade, privé de ses pouvoirs, il n’est plus ce jeune sorcier en devenir, mais un corps vulnérable dans un monde qui traque, enferme et condamne sans appel.
La capture par les forces du Baolgar et la rencontre avec la Guilde du Sang marquent un tournant brutal. La magie, autrefois source de possibles, devient ici un danger, un motif d’arrestation, une faiblesse. En enchaînant Lùthen et ses compagnons, les autrices dépouillent leurs personnages de ce qui faisait leur force, pour mieux révéler ce qu’il leur reste : la volonté, la solidarité, et parfois la ruse.
La perte comme moteur narratif
Du fond des Âges est un roman de dépossession. On y perd des certitudes, des repères, des libertés. La fuite devient permanente, la confiance fragile. Chaque nouvel allié potentiel est aussi une menace, chaque décision une prise de risque. Le personnage de Talianthe, aussi ambigu qu’imprévisible, incarne parfaitement cette zone grise où l’entraide flirte avec le danger.
Le rythme du roman épouse cette tension continue. Les scènes de captivité, d’évasion et de marche forcée sont écrites avec une précision sensorielle remarquable. La fatigue, la soif, la douleur physique imprègnent le texte, donnant au lecteur l’impression d’avancer lui aussi, pas après pas, vers un horizon toujours incertain.
Une fantasy qui ose la noirceur morale
Ce qui frappe dans ce deuxième tome, c’est l’ampleur morale du récit. Les figures d’autorité ne sont plus rassurantes, les lois sont injustes, et les ennemis ne portent pas toujours un visage monstrueux. La violence n’est pas spectaculaire : elle est froide, institutionnelle, presque banale.
Viviane & Céline de Clairval interrogent ainsi la notion de justice, la peur de l’altérité et la manière dont un monde peut basculer dans la persécution au nom de l’ordre. Le fantastique devient un miroir troublant de nos propres sociétés, sans jamais perdre son identité épique.
Un second tome charnière et maîtrisé
Du fond des Âges n’est pas un simple prolongement de L’Académie de Santhoryne : c’est un pivot. Le récit gagne en densité, les enjeux s’élargissent, et Lùthen cesse définitivement d’être un apprenti pour devenir un acteur malgré lui d’un conflit ancien.
On referme ce tome avec une sensation d’inquiétude persistante. Le monde s’est agrandi, mais il est devenu plus hostile. Et si l’espoir existe encore, il est fragile, dissimulé sous des couches de peur, de secrets et d’ombres ancestrales prêtes à ressurgir.


