Jamais nous n’avons eu autant de moyens de communiquer. Messages instantanés, réseaux sociaux, visioconférences : les échanges se multiplient, parfois jusqu’à saturation. Mais communiquer signifie-t-il réellement rencontrer l’autre ? Dans Vivre, c’est rencontrer, le professeur Louis Dubertret replace la relation au centre de l’existence humaine. Médecin, chercheur et enseignant, il développe une réflexion qui traverse les sciences, la médecine et la spiritualité pour défendre une idée essentielle : nous ne vivons pas simplement entourés des autres, nous nous construisons à travers eux.
Nous sommes faits de nos relations
Louis Dubertret part d’un constat qui dépasse largement les rapports sociaux. Dès les origines de la vie, rien n’existe véritablement de manière isolée. Le vivant se développe dans un environnement avec lequel il interagit continuellement.
Chez l’être humain, cette interdépendance prend une dimension particulière. Les premières relations avec les parents participent à la construction de nos manières de percevoir et d’interpréter le monde. Puis viennent l’éducation et toutes les rencontres qui jalonnent l’existence.
Certaines nous stimulent, nous permettent de progresser et nous obligent à remettre nos certitudes en question. D’autres peuvent au contraire nous enfermer. Louis Dubertret distingue ainsi des rencontres « nourrissantes » et d’autres « toxiques », soulignant combien la qualité de nos relations peut influencer notre trajectoire.
L’environnement participe à ce que nous devenons
Cette réflexion relationnelle trouve également un prolongement dans les sciences contemporaines. L’auteur s’intéresse notamment à l’épigénétique et à la manière dont l’environnement intervient dans l’expression des gènes.
Une perspective qui conduit à reconsidérer l’individu. Nous ne serions pas des êtres entièrement déterminés et indépendants du monde extérieur, mais des organismes qui se construisent continuellement dans l’interaction avec ce qui les entoure.
Pour Louis Dubertret, cette manière d’envisager le vivant dépasse la biologie. Elle permet aussi de réfléchir à notre identité, à notre liberté et à notre responsabilité envers notre environnement.
Le médecin face à une personne, pas seulement à une maladie
La rencontre prend une dimension particulièrement concrète lorsqu’elle entre dans le cabinet médical.
Une partie de Vivre, c’est rencontrer est ainsi consacrée à la relation entre le malade et son médecin. Louis Dubertret y défend le principe d’une « médecine centrée sur le patient », particulièrement importante lorsqu’il s’agit de maladies chroniques affectant durablement la qualité de vie.
Derrière cette réflexion apparaît une interrogation plus large : que reste-t-il du soin si l’on oublie la personne que l’on soigne ? La compétence médicale demeure indispensable, mais elle s’inscrit aussi dans une relation faite d’écoute, d’information et de dialogue.
Accepter de ne pas avoir toutes les réponses
Cette importance accordée au dialogue traverse également la conception que Louis Dubertret se fait de la connaissance.
Dès le début de son ouvrage, il refuse de se présenter comme le détenteur d’une vérité définitive. Chacun observe le monde depuis un point de vue particulier et la confrontation de ces regards permet d’enrichir notre compréhension.
Cette position trouve son prolongement dans sa réflexion sur la vérité scientifique. Chercher suppose précisément d’accepter que l’on ne possède pas encore toutes les réponses. L’incertitude cesse alors d’être une faiblesse : elle devient le moteur de la connaissance.
De la rencontre humaine à la rencontre spirituelle
Cette logique conduit finalement Louis Dubertret vers une troisième dimension : celle de la spiritualité. Après avoir interrogé notre relation au monde puis celle qui unit médecin et patient, l’auteur s’intéresse à la possibilité d’une rencontre avec ce qu’il appelle le « Tout Autre », Dieu.
Il développe alors une conception du christianisme reposant davantage sur la rencontre que sur l’idéologie. La foi, dans cette perspective, n’est pas présentée comme le résultat d’une démonstration rationnelle, mais comme une expérience relationnelle qui engage celui qui la vit.
Vivre, c’est rencontrer, un essai sur notre manière d’être au monde
Science, cerveau, médecine, relations humaines, vérité, liberté ou spiritualité : Louis Dubertret aborde un territoire particulièrement vaste. Pourtant, une même idée relie ces différents sujets : rien ne peut véritablement être compris indépendamment de ses relations avec le reste du monde.
Vivre, c’est rencontrer devient ainsi moins un livre apportant des réponses qu’une invitation à changer de perspective. Et peut-être à considérer autrement toutes ces rencontres ordinaires qui, sans que nous en ayons toujours conscience, participent chaque jour à faire de nous ce que nous sommes.